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Seuil de rentabilité et point mort : la différence, et la méthode de calcul

Deux notions issues du même raisonnement, mais qui ne mesurent pas la même chose. L'une s'exprime en chiffre d'affaires, l'autre en temps. Méthode de calcul reproductible.

Par André Mouillé 7 min de lecture

Graphique de seuil de rentabilité tracé à la main sur un tableau blanc
Le seuil répond à « combien ». Le point mort répond à « quand ».

Les deux termes sont utilisés l'un pour l'autre dans la plupart des conversations, y compris entre porteurs de projet expérimentés. Ce n'est pas une approximation sans conséquence : le seuil de rentabilité et le point mort ne répondent pas à la même question, et le savoir change ce qu'on peut légitimement affirmer avec chacun.

Deux notions, deux unités de mesure

Selon Bpifrance Création, le seuil de rentabilité et le point mort sont issus du même concept mais s'expriment différemment : le premier en niveau de chiffre d'affaires, exprimé en monnaie ; le second en temps, exprimé en nombre de jours, de mois ou d'années nécessaires pour atteindre ce niveau. Confondre les deux termes n'est pas qu'une imprécision de vocabulaire : cela revient à répondre à la question « combien » quand on demandait « quand », ou l'inverse.

Le seuil de rentabilité correspond au niveau de chiffre d'affaires au-delà duquel l'entreprise commence à réaliser un bénéfice. C'est un indicateur calculé à partir du compte de résultat, qui repose sur la distinction entre charges fixes et charges variables.

Séparer les charges fixes des charges variables

Le calcul suppose de répartir l'ensemble des charges de l'exercice en deux catégories. Les charges fixes, ou charges structurelles, sont les dépenses que l'entreprise doit assumer indépendamment de son niveau de vente : loyer du local, salaires, cotisations sociales, primes d'assurance, honoraires de l'expert-comptable. Les charges variables, ou charges opérationnelles, découlent automatiquement du niveau des ventes : approvisionnements correspondant au chiffre d'affaires réalisé, frais de transport sur achats ou sur ventes, commissions versées.

Cette répartition n'est pas toujours évidente en pratique — certaines charges ont une composante fixe et une composante variable — mais elle conditionne la validité de tout le calcul qui suit. Une charge mal classée fausse le taux de marge sur coûts variables, et donc le seuil lui-même.

Calculer la marge sur coûts variables

La méthode de calcul du seuil de rentabilité, telle que documentée par Bpifrance Création, suit quatre étapes.

Première étape : calculer la marge sur coûts variables, différence entre le montant prévisionnel des ventes et les charges variables qu'elles entraînent automatiquement.

Deuxième étape : traduire cette marge en pourcentage du chiffre d'affaires, pour obtenir le taux de marge sur coûts variables — le rapport entre la marge sur coûts variables et le chiffre d'affaires, multiplié par cent.

Troisième étape : obtenir le seuil de rentabilité en divisant les charges fixes par ce taux de marge sur coûts variables.

ÉtapeCalcul
Marge sur coûts variablesChiffre d'affaires prévisionnel − charges variables
Taux de marge sur coûts variables(Marge sur coûts variables / Chiffre d'affaires) × 100
Seuil de rentabilitéCharges fixes / Taux de marge sur coûts variables

Dès que les ventes dépassent ce montant, l'entreprise commence à dégager un bénéfice. L'indicateur peut être traduit concrètement en nombre d'unités à vendre par jour ou par semaine, ce qui en fait un test de faisabilité plus parlant qu'un pourcentage abstrait. Bpifrance Création illustre ce point avec l'exemple d'une activité de vente de survêtements sur les marchés forains : le calcul, une fois mené, peut indiquer qu'il faut vendre en moyenne dix survêtements par jour de marché pour ne pas être en perte — un repère opérationnel directement vérifiable sur le terrain, à la différence d'un montant de chiffre d'affaires annuel.

Le point mort : convertir le seuil en date

Le point mort prend le seuil de rentabilité, exprimé en euros, et le rapporte au rythme d'activité prévu pour déterminer à quel moment de l'exercice ce niveau de chiffre d'affaires sera atteint. Une activité saisonnière, par exemple, atteindra son seuil de rentabilité à une date très différente d'une activité à chiffre d'affaires linéaire, même si le seuil en valeur est identique dans les deux cas — ce qui illustre pourquoi les deux notions ne sont pas interchangeables : le seuil ne dit rien du calendrier, le point mort ne dit rien du montant.

Un point mort qui tombe après la fin du premier exercice, par exemple, signale un besoin de trésorerie à couvrir sur toute cette période avant l'atteinte de l'équilibre — une information que le seul seuil de rentabilité, exprimé en euros sans référence temporelle, ne fournit pas.

Ce que cet indicateur ne dit pas

Le calcul repose sur une hypothèse de linéarité : il suppose que le taux de marge sur coûts variables reste constant quel que soit le volume vendu, ce qui est rarement vrai au-delà d'un certain seuil — un fournisseur peut accorder des remises de volume, une charge présentée comme fixe peut nécessiter un palier supplémentaire (un second local, une embauche) au-delà d'un certain niveau d'activité.

Le seuil de rentabilité et le point mort ne renseignent pas non plus sur la trésorerie disponible pour tenir jusqu'à leur atteinte. Un point mort à quatorze mois est soutenable si le plan de financement initial a prévu la trésorerie de sécurité correspondante ; il ne l'est pas dans le cas contraire, ce que ni le seuil ni le point mort ne signalent isolément — la lecture doit se faire avec le plan de trésorerie.

Avertissement

Cet article présente une méthode de calcul telle que documentée par Bpifrance Création. Il ne constitue pas un conseil comptable ou financier. La répartition des charges entre fixes et variables, ainsi que la validation du seuil obtenu, gagnent à être revues avec un expert-comptable, en particulier lorsque le modèle économique combine plusieurs activités à structures de coûts différentes.

Pour l'articulation de cet indicateur avec les autres tableaux du prévisionnel, l'article sur le compte de résultat, la trésorerie et le bilan détaille comment le seuil de rentabilité s'insère dans la lecture d'ensemble.

Sources

Bpifrance Création, « Le seuil de rentabilité » — bpifrance-creation.fr.

Bpifrance Création, « Le compte de résultat d'un projet de création d'entreprise » — bpifrance-creation.fr.

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Écrit par André Mouillé — Amada Piedade, Marseille

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